Portrait du mois · Septembre 2026
À Vandœuvre-lès-Nancy, Élodie Marchal fait durer les électrolyseurs de demain
Ingénieure procédés chez un fabricant lorrain d'électrolyseurs, elle pilote les essais d'endurance qui garantissent la fiabilité des futurs équipements. Rencontre au cœur du banc d'essai.

Un électrolyseur fiable, c'est un électrolyseur dont on comprend chaque heure de fonctionnement. Nos bancs d'essai racontent l'histoire de la machine avant même sa livraison.
Du génie chimique à l'électrolyse
Rien ne prédestinait Élodie Marchal à l'hydrogène. Diplômée d'une école d'ingénieurs nancéienne en génie chimique, elle a d'abord travaillé dans l'industrie agroalimentaire, sur l'optimisation de lignes de séchage. C'est en 2021, lors d'un salon professionnel à Strasbourg, qu'elle découvre l'électrolyse de l'eau. « J'ai été frappée par l'élégance du principe : de l'eau, de l'électricité, et en sortie un gaz capable de stocker l'énergie. » Quelques mois plus tard, elle rejoint Lorra Stacks, alors jeune entreprise installée sur le technopôle de Vandœuvre-lès-Nancy.
L'entreprise conçoit et assemble des empilements de cellules, le cœur des électrolyseurs à membrane échangeuse de protons. Elle compte aujourd'hui une soixantaine de salariés, contre une quinzaine à l'arrivée de l'ingénieure. Le hall vitré de l'usine, inauguré l'an dernier, abrite désormais une ligne d'assemblage semi-automatisée et un vaste espace d'essais. C'est là qu'Élodie Marchal passe l'essentiel de ses journées, entre les bancs de test, les écrans de supervision et les réunions avec le bureau d'études.
Mesurer le temps long
Sa mission principale : vérifier que les électrolyseurs tiendront leurs promesses sur plusieurs dizaines de milliers d'heures. Son équipe fait fonctionner des empilements en continu, parfois pendant plus d'un an, en faisant varier la puissance pour reproduire les conditions réelles d'un raccordement à des parcs éoliens ou solaires. « Une installation alimentée par des énergies renouvelables démarre et s'arrête souvent. Ces cycles fatiguent les matériaux. Notre travail consiste à comprendre précisément comment, pour concevoir des cellules plus robustes. »
Chaque banc génère des milliers de mesures par jour : tensions de cellule, températures, pureté des gaz produits. L'équipe a développé ses propres outils d'analyse pour repérer les signes précoces de vieillissement. Ces résultats nourrissent directement la conception des générations suivantes. Grâce à ces travaux, la dernière version des empilements affiche une dégradation deux fois plus lente que la première, un progrès décisif pour réduire le coût de l'hydrogène produit sur toute la durée de vie des équipements.
Transmettre et ouvrir la filière
Au-delà de la technique, Élodie Marchal consacre une part croissante de son temps à l'encadrement. Elle accompagne trois alternants et intervient chaque année auprès des étudiants des formations d'ingénieurs de la métropole nancéienne pour présenter les métiers de l'électrolyse. « Nous recrutons des profils très variés : chimistes, électrotechniciens, spécialistes des matériaux, techniciens de maintenance. Beaucoup découvrent l'hydrogène en arrivant chez nous, et c'est très bien ainsi. Ce qui compte, c'est la curiosité et la rigueur. »
L'ingénieure milite aussi pour une plus grande place des femmes dans la filière. Avec plusieurs collègues d'entreprises voisines, elle a lancé un cycle de rencontres mensuelles ouvert aux lycéennes et aux étudiantes du Grand Est. Visites de sites, échanges avec des professionnelles, ateliers pratiques : l'initiative a déjà touché plus de deux cents jeunes femmes. « L'hydrogène est une industrie en construction. C'est le bon moment pour y entrer et contribuer à en dessiner le visage. »
Ses trois chiffres
- heures d'essai cumulées
- 18 000
- bancs d'essai en continu
- 12
- salariés sur le site
- 60
- Portrait de
- Élodie Marchal
Ingénieure procédés, responsable des essais d'endurance - Entreprise
- Lorra Stacks
Vandœuvre-lès-Nancy, Meurthe-et-Moselle (54)