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Portraits

Portrait du mois · Août 2026

Dans les Vosges, une communauté de communes mise sur l'hydrogène de vallée

Vice-président chargé de la transition énergétique, Gérard Thiriet porte un projet d'électrolyseur alimenté par l'hydroélectricité locale. Une démarche patiente, construite avec les habitants.

Canalisations métalliques d'une unité d'électrolyse

Nos vallées ont toujours vécu de l'énergie de l'eau. L'hydrogène est une manière de prolonger cette histoire au service de l'emploi local.

Gérard Thiriet

L'énergie de la vallée

Dans son bureau de Remiremont, Gérard Thiriet déplie une carte du territoire couverte d'annotations. Ancien professeur de physique, élu municipal depuis près de vingt ans, il est devenu en 2020 vice-président de la communauté de communes des Ballons d'Ormont, chargé de la transition énergétique. « Nos vallées ont toujours su tirer parti de l'eau. Les filatures d'hier tournaient grâce aux rivières. Aujourd'hui, la question est de savoir comment cette énergie peut servir l'économie locale de demain. »

Le territoire dispose de plusieurs petites centrales hydroélectriques, dont la production varie au fil des saisons. Au printemps, lors de la fonte des neiges, l'électricité produite dépasse parfois les besoins locaux. L'idée d'utiliser ces excédents pour produire de l'hydrogène est née lors d'un atelier participatif organisé en 2022 avec des habitants, des industriels et des agriculteurs. Le projet d'électrolyseur de vallée était lancé, avec une ambition claire : produire localement pour consommer localement.

Construire avec les acteurs du territoire

Le projet s'appuie sur un premier noyau d'utilisateurs. Une entreprise de transport scolaire, deux industriels du textile technique et le service de collecte des déchets de l'intercommunalité se sont engagés à convertir progressivement une partie de leurs véhicules. « Nous avons voulu partir des besoins réels plutôt que d'une technologie. Chaque partenaire a pu dire combien de véhicules il envisageait de convertir, à quel horizon et à quelles conditions. » Cette approche a permis de dimensionner l'électrolyseur au plus juste, à un mégawatt dans un premier temps.

La concertation avec les habitants a occupé une place centrale. Réunions publiques, visites d'installations comparables dans d'autres régions, permanences en mairie : l'équipe intercommunale a multiplié les occasions d'échanger. Les questions sur la sécurité et l'emprise foncière ont trouvé des réponses précises, et le site retenu, une ancienne friche industrielle en bordure de la Moselle, a fait consensus. « Requalifier une friche plutôt que consommer des terres agricoles, c'était une évidence pour tout le monde. »

Un modèle pour les territoires de montagne

Les travaux doivent démarrer l'an prochain, pour une mise en service envisagée fin 2028. L'unité d'électrolyse produira jusqu'à 400 kilogrammes d'hydrogène par jour, de quoi alimenter une trentaine de véhicules lourds. La chaleur dégagée par le procédé sera récupérée pour chauffer un équipement aquatique voisin, un atout supplémentaire dans le bilan énergétique du projet. Une société d'économie mixte associant la collectivité et les partenaires privés assurera l'exploitation du site.

Gérard Thiriet reçoit désormais des élus d'autres massifs, curieux de comprendre la démarche. Il insiste sur la patience nécessaire. « Il faut du temps pour réunir les bons partenaires, sécuriser les financements et emporter l'adhésion. Mais un territoire rural a toute sa place dans la filière hydrogène. Nous avons de l'eau, de l'espace et une longue tradition industrielle. » Une conviction qu'il porte avec la constance d'un montagnard, attaché à voir sa vallée garder la main sur son énergie.

Ses trois chiffres

de capacité d'électrolyse
1 MW
d'hydrogène produits par jour
400 kg
véhicules lourds visés
30
Portrait de
Gérard Thiriet
Vice-président chargé de la transition énergétique
Entreprise
Communauté de communes des Ballons d'Ormont
Remiremont, Vosges (88)

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